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« La concession française » : intrigue dans le Shanghai des années 30

Quelle agréable surprise que La concession française, roman noir se déroulant dans le milieu cosmopolite des concessions de Shanghai ! Son univers est vraiment très différent des romans écrits ces 30 dernières années en Chine, et cela est révélateur des changements qui s’opèrent peu à peu dans les milieux littéraires.

La concession française, Xiao Bai 小白

La concession française, Xiao Bai 小白

Sous le nom de plume de Xiao Bai, l’auteur, né en 1968, s’est inspiré de rapports d’enquête de police sur un groupe de terroristes et de trafic d’armes puis a laissé parler son imagination pour nous concocter un roman puissant, extrêmement bien documenté à tout point de vue : le port de Shanghai, la Concession française avec ses habitants, leur mentalité et leurs habitudes, les relations entre les différents services de polices, les différents intérêts en jeu à Shanghai (communistes, nationalistes, puissances étrangères), etc.

Les lecteurs découvriront un romancier chinois contemporain qui écrit sans censure des scènes très réalistes, et décrit avec sensualité les moments d’intimité de ses protagonistes.

Emmanuelle Péchenart nous offre là une très belle traduction de La concession française, premier roman de Xiao Bai publié en français, qui nous plonge dans la moiteur de l’été shanghaïen, dans les complots et les histoires d’amour compliquées.

Résumé

Shanghai, 1931. Un immense chaudron bouillonnant des intérêts contradictoires qui se partagent la ville. Et, entraîné malgré lui au cœur des événements les plus dangereux, Xue, un jeune photographe franco-chinois, qui se met au service de la police de la Concession française, un peu par peur, un peu par intérêt. Sa maîtresse russe, Teresa, trafiquante d’armes au passé trouble, navigue entre mafieux et organisations clandestines qu’elle approvisionne au gré de leurs besoins.
C’est alors que Xue croise la route d’une beauté enrôlée par un groupuscule révolutionnaire… Ce roman noir très précisément documenté et intensément jubilatoire baigne dans les brumes poisseuses montant du fleuve Huangpu. Les hommes y arborent la fausse nonchalance des héros de Raymond Chandler, les femmes y sont fatales ou terriblement émouvantes, l’action est sujette à de brusques accélérations comme dans un vieux film en noir et blanc qui s’emballe.
Nous, lecteurs, sommes aux premières loges, victimes consentantes des illusions, mensonges, retournements de situation incessants, ballottés des terroristes rouges aux hommes de main de la Bande noire, portés par une langue sensuelle et évocatrice, et par le plaisir communicatif de l’auteur à déployer une retorse et complexe scène historique pour mieux jouer de la magie du romanesque.

Titre original : zujie 租界 également disponible dans notre librairie.

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« Ecrits de la maison des rats », de Lao She

9782809711691-ecrits-maison-rats-lao-sheSi vous l’avez raté en grand format, la sortie en format poche de Ecrits de la maison des rats vous permettra de redécouvrir le célèbre écrivain chinois moderne, Lao She (老舍). Ce recueil propose une sélection d’ « écrits au fil de la plume » (随笔) parus dans des revues et journaux littéraires entre 1934 et 1959, traduits par Claude Payen et publiés en 2010 par les éditions Philippe Picquier.

Rédigés à la 1ère personne à la manière d’un journal, ces réflexions très personnelles nous amènent à songer à nos propres choix de vie, tout en nous plongeant dans le quotidien d’un intellectuel chinois au début du XXe siècle.

Quelques extraits pour attiser votre curiosité :

 » Quand j’habitais à Pékin ou Qingdao, je ne me suis jamais demandé où j’aimerais vivre. En effet, quand on habite au paradis, on ne rêve pas d’un autre paradis. Pendant la guerre de résistance anti-japonaise, j’ai vécu six ans à Chongqing et dans ses environs. Au cours de ce séjour, rendu pénible par la canicule, le brouillard et les déplorables conditions de logement, j’ai rêvé, imaginant l’endroit où j’aimerais vivre quand nous aurions gagné la guerre. » (p. 9)

« Pour devenir poètes, il faut être possédé. On ne peut être poète qu’en risquant sa vie pour le salut de la vérité, de la beauté et du bonheur. Si tu ne vois que ce qui est devant ton nez et possèdes un coeur de petite souris, alors restes-en là. Veux-tu toujours jeter la pierre au poète, ou veux-tu devenir poète ? » (p. 122)

« Etant un vrai Chinois, je n’aime ni le café, ni le cacao, ni la limonade, ni la bière. Je n’aime que le thé. Quand j’ai devant mois un petit bol de thé de qualité, je peux considérer le monde avec sérénité. » (p. 59)

Sommaire :
Dur, dur d’écrire son autobiographie
Un rêve d’habitation
Ma famille idéale
Une petite renaissance, un chapitre de l’autobiographie
Ma mère
Maître Zongyue
Nostalgie de Pékin
Écrits de la maison des rats
La lecture
La littérature et la menuiserie
Etre débordé
Seules les immortels peuvent passer le concours
Une grande sagesse d’un air idiot
Quand on a des enfants
Les poètes
Deux notes d’été

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« La beauté du diable », de Radhika Jha

a-couvRadhika Jha, écrivain indienne, nous propose ici un roman qui se passe au Japon, où elle a vécu plusieurs années, enquêtant sur cette folie d’acheter que l’on retrouve dans beaucoup de grandes villes autour du monde.

Dans son précédent roman, Des lanternes à leurs cornes attachées, aussi publié par Philippe Piquier en 2011, elle décrivait avec brio les évolutions de la société indienne tiraillée entre tradition et modernité, en prenant l’exemple d’une vache laitière de race améliorée « parachutée » dans un village isolé de tout… On y voyait le village à travers les yeux de plusieurs personnages ayant chacun sa vision du monde et son intérêt propre, entre ceux partisans du changement qui leur permet de remonter l’échelle sociale de manière inespérée, et le chef du village qui souhaite préserver son village de l’arrivée de la route goudronnée, synonyme du règne de l’argent…

Ce nouveau roman vaut aussi vraiment le détour. Le titre nous rappelle Le diable s’habille en Prada mais à part le sujet qui aborde les vêtements de marque, l’histoire n’a rien à voir avec le roman de Lauren Weisberger. D’ailleurs, le titre original est My beautifil shadow, que je trouve plus à l’image du roman. En lisant la quatrième de couverture, on pourrait penser que ce roman n’aborde que le monde des grandes marques et la superficialité de la mode, mais c’est en réalité une plongée au cœur de la société japonaise, décrite avec beaucoup de finesse, tout autant que les pensées et émotions de la narratrice.

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Shanghai, ville invitée du Salon du Livre 2014

shanghaiComme chaque année, notre librairie sera au Salon du Livre pour y tenir le stand de Philippe Picquier, éditeur consacré entièrement à la littérature asiatique…

Cette année est particulière pour nous puisque la ville invitée est une ville chinoise : Shanghai. A cette occasion, une dizaine d’écrivains chinois seront présents sur le salon. La délégation comprend des écrivains largement traduits en français comme Wang Anyi, Bi Feiyu ou Liu Zhenyun, mais aussi des auteurs moins connus du public français : Li Er (dont Philippe Picquier publiera le 7 mars prochain une traduction inédite, Le jeu du plus fin), Lu Nei, Sun Ganlu, Jin Yucheng, Xiao Bai, Huang Beijia, Chen Danyan, Cheng Xiaoying, Qin Wenjun, Teng Xiaolan, Yuan Xiaoyi, Zhao Lihong, Zhou Jianing et Zhu Xiaoli.

Pour plus d’informations sur les auteurs invités, n’hésitez pas à consulter la page du Salon du Livre qui leur est consacrée. Vous trouverez aussi sur notre site tous leurs ouvrages qui sont disponibles en français, ainsi qu’un choix de leurs publications en langue originale chinoise.

Vous êtes donc les bienvenus au Salon pour nous voir sur le stand des éditions Philippe Picquier ! Nous serons là comme toujours pour vous conseiller dans vos choix de lectures de littérature chinoise, japonaise, coréenne, vietnamienne, indienne ou même tibétaine !

Les petits pains de la pleine lune

couvertureAprès la parution de Fils de l’eau en mai dernier (voir notre article consacré à ce titre), les éditions Philippe Picquier ont publié en octobre le format poche du roman précédent de Gu Byeong-mo, Les petits pains de la pleine lune.

Fuyant les mauvais traitements de sa belle-mère, un garçon de 16 ans se réfugie dans la pâtisserie de son quartier, où il découvre que le pâtissier vend sur Internet des gâteaux aux pouvoirs étranges et que la vendeuse Oiseau-bleu n’est pas une jeune fille ordinaire…

Dans ce roman, Gu Byeong-mo nous transporte dans un monde où la magie et la réalité s’entremêlent, où chacun doit assumer ses choix et ne pas penser que la magie pourra régler tous ses problèmes.

La lecture de ce court roman est très agréable malgré la dure réalité à laquelle est confronté le jeune narrateur qui n’est pas choyé par sa famille et se voit rejeté par la société à cause de son bégaiement. Son séjour dans cette pâtisserie peu ordinaire lui fera comprendre qu’il vaut mieux affronter ses difficultés plutôt que de les esquiver, et que l’amitié peut l’aider à trouver un sens à sa vie.

Le sujet et la façon de le traiter sont originaux et le fait que l’auteur ait écrit deux fins possibles à cette histoire lui donne de la hauteur, au lieu de terminer sur un lieu commun ou un optimisme excessif.

Une lecture vivement conseillée !

Voir tous les romans de Gu Byeong-mo disponibles dans notre librairie.

Bonne année du cheval de bois !

Comme chaque année pour le Nouvel An chinois, les éditions Philippe Picquier vous offre une estampe pour l’achat de deux titres de leur collection ! Venez vite en librairie pour découvrir l’estampe de cette année : une des oeuvres du peintre japonais Kamisaka Sekka que vous avez pu découvrir dans le magnifique coffret Les herbes de l’éternité, paru aux éditions Philippe Picquier bien sûr ! J’en profite pour souligner que ce coffret vaut vraiment le détour, pour preuve un extrait au format pdf à télécharger

Kamisaka Sekka

La fuite du temps, de YAN Lianke

imageLes éditions Philippe Picquier vous proposent en ce début d’année une nouvelle traduction de l’écrivain chinois YAN Lianke, La fuite du temps (Riguang liunian 日光流年, 北京十月文艺出版社, 2009).

Traduit par Brigitte Guilbaud, ce nouveau roman est en réalité antérieur à la parution à Hong Kong de Les Quatre livres (Si shu 四書, 明報出版社, 2011), publié en été 2012 chez le même éditeur.

 Salué par la presse et les critiques dès sa sortie, ce roman présente une construction narrative audacieuse : les chapitres remontent le temps et le lecteur lit à rebours le destin de ces villageois, isolés dans leur petite communauté et frappés par une maladie incurable qui les fait tous mourir avant 40 ans. Si l’imminence de la mort met au jour les faiblesses impardonnables des personnages, il y a également dans ce roman une volonté farouche de redonner l’espoir à ce village moribond et coupé du monde.

 

Mercredi 9 octobre à Paris Dauphine : rencontre exceptionnelle avec Hwang Sok-yong

Rendez-vous le mercredi 9 octobre à 19h à l’université Paris Dauphine pour une rencontre exceptionnelle avec l’un des plus grands écrivains coréens contemporains : Hwang Sok-yong (황석영). Publiées chez Zulma et plus récemment chez Philippe Picquier, les traductions françaises de ses romans ont rencontré les louanges des lecteurs et des critiques. Parmi ses plus grands romans, citons le très célèbre Shim Chong, fille vendue (Zulma – points) et la dernière parution en date : Princesse Bari (Philippe Picquier).

Le Phénix sera présent lors de cette rencontre pour proposer à la vente Princesse Bari.

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Trembler te va si bien

Les lecteurs de Wataya Risa l’attendaient avec impatience : enfin un nouveau roman en français ! Après les succès considérables de L’appel du pied et Install, les éditions Philippe Picquier offrent aux lecteurs francophones un nouveau petit roman, Trembler te va si bienparu il y a quelques années au Japon. A l’époque où Wataya Risa rédige cette histoire, elle a l’âge de son héroïne, 26 ans. On ne sait trop par quelle magie Wataya Risa rend ses personnages irrésistibles et son roman si attachant. Peut-être est-ce son écriture sans prétention et la sincérité des situations décrites… l’histoire est pourtant simple mais les détails précis, c’est à la fois drôle et touchant. Wataya Risa parle de l’amour avec beaucoup d’auto-dérision, d’humour et de lucidité.

Commander sur notre site

Princesse Bari, de Hwang Sok-yong

Temps fort de notre rentrée littéraire 2013, Princesse Bari vient de paraître aux éditions Philippe Picquier. Nouveau roman de l’auteur coréen Hwang Sok-yong, considéré comme l’un des plus grands romanciers coréens de ces dernières années, Princesse Bari a l’art de séduire le lecteur dès les premières pages et ce charme opère jusqu’à la fin.

Comme pour Shim Chong, fille vendue, Bari tire son prénom d’une histoire traditionnelle coréenne. Hwang Sok-yong a l’art de mêler une réalité des plus dures (la Corée du Nord à la mort de Kim Il-Sung et la terrible famine des années 90) à la poésie des contes et l’héritage du chamanisme coréen. Mais si Bari, l’héroïne, possède quelques dons de voyance, c’est un roman ancré dans la réalité, sur fonds historique, que le lecteur a entre les mains.

Le roman est en effet caractérisé par une richesse historique qui offre au lecteur une vision de ce pays (la Corée du Nord) si hermétique et mystérieux. Le parcours de Bari et de sa famille, la chute d’une relative aisance et de la chaleur familiale à l’errance solitaire sont brillamment décrits et tout aussi brillamment traduits par Choi Mikyung et Jean-Noël Juttet.

Comme de nombreux romans coréens, cette traduction a bénéficié du soutien de l’Institut coréen de la traduction littéraire.

Princesse Bari, Hwang Sok-yong, Editions Philippe Picquier, 2013 

Shim Chong, fille vendue de Hwang Sok-yong

Ce roman de Hwang Sok-yong prend pour thème de départ le conte traditionnel « La pieuse Shim Ch’ong » (voir : Tigre et kaki et autres contes de Corée, Gallimard Connaissance de l’Orient, p. 51). Mais contrairement aux contes, aucun prodige surnaturel ne vient sauver Shim Chong et rendre la vue à son père. Si le roman s’ouvre sur cette fameuse traversée en mer au cours de laquelle Shim Chong doit être sacrifiée (symboliquement dans le roman), la suite quitte la magie du conte pour une réalité historique des plus crues.

Voici le lecteur plongé dans la Chine du XIXe siècle, sous une dynastie Qing affaiblie par l’intrusion massive de l’opium par les Occidentaux. Chong y a été vendue et loin d’atterrir dans le Palais du roi-dragon, se retrouve plongée dans les maisons de plaisir, à la veille de la Guerre de l’Opium.

A travers le destin extraordinaire de l’héroïne c’est tout un monde ou plutôt plusieurs mondes qui se déploient : les villes portuaires pleines de richesses, lieu d’échanges commerciaux et culturels où foisonnent les objets et les gens venus de tous horizons mais également les contrées plus reculées où sévissent les truands, où les femmes se font enlever et vendre pour alimenter le négoce sexuel. La condition des filles de joie, les lieux de plaisirs, et les clients évoluent à mesure qu’on s’éloigne des villes enrichies par le commerce. Car le monde de la prostitution connaît aussi ses propres classes sociales : luxe des maisons huppées accueillant de riches clients et d’influents fonctionnaires, humiliation de maisons de passe devant lesquelles s’entassent des dizaines de marins.

C’est dans ce monde impitoyable que Chong tente de trouver sa place, et ce ne sont pas les dieux du ciel qui la conduisent, mais bien sa volonté d’améliorer sa condition, sa fierté et sa volonté sans faille.

Plus d’informations et documents (dont la carte du périple de Chong) sur le site des éditions Zulma.

Fils de l’eau, de Gu Byeong-mo

Fils de l’eau

Un père se suicide avec son fils en se jetant dans un lac, l’enfant développe des branchies dans un instinct de survie et devient mi-homme mi-poisson… à première vue, ce roman faussement simple prend des airs d’histoire fantastique et l’on se croirait presque dans un film de Miyasaki. On imagine volontiers que l’enfant va finir par attirer l’attention des médias, des scientifiques, qu’il sera persécuté, incompris… mais non, Le Fils de l’eau de Gu Byeong-mo ne repose pas sur un scénario convenu et l’on finit par se demander si Gon, cet homme poisson, est vraiment le protagoniste de l’histoire.

En effet, les relations complexes qui animent sa « famille » adoptive sont bien plus intéressantes que les caractéristiques corporelles de Gon. « Famille » c’est beaucoup dire puisqu’elle ne consiste qu’en un vieil homme et son petit-fils. Ce dernier, Kangha, développe des sentiments contradictoires envers Gon. La fraternité subie qui l’unit à Gon évolue entre haine, jalousie, admiration et peut-être amour, lui qui en a été privé enfant. Quant à Gon lui-même, il reste pour le lecteur aussi secret que pour les autres personnages du roman. Impossible à saisir tout à fait, il échappe à tous, même au lecteur, et c’est sans doute là que réside toute la tristesse du roman.

Une écriture simple, un roman sans prétentions qui sans être un chef-d’oeuvre littéraire possède un certain charme et que l’on termine sans même s’en rendre compte.

Fils de l’eau, Gu Byeong-Mo, Philippe Picquier, 2013

Bienvenue, de Kim Yi-seol

Ce court roman de l’écrivain coréenne KIM Yi-seol présente un tableau sans concession de la société coréenne contemporaine et la place de la femme dans cette société. A travers le parcours de Yunyeong qui se bat pour nourrir sa famille, au point de céder aux arguments financiers de la prostitution, ce sont les travers d’une société qui sont mis au jour. Une société dans laquelle les rôles traditionnels tombent en désuétude (ainsi, l’homme n’assume plus son rôle de chef de famille) mais où l’individu reste enchaîné par ses devoirs familiaux (Yunyeong doit ainsi aider sa mère, son frère et sa soeur).

Avec une écriture simple, ce roman attache irrésistiblement le lecteur au destin de son héroïne.

Egalement disponible à la librairie : la version coréenne de Bienvenue : 환영.

Commander la version originale en coréen

Commander la traduction française aux éditions Philippe Picquier (trad. par LIM Yeong-hee et Françoise Nagel)

Quiz Show, de Kim Young-ha

Paru chez Philippe Picquier et traduit par Choi Kyungran et Pierre Bisiou, Quiz Show est un roman qui confirme le talent et l’inventivité de son auteur. Kim Young-ha décrit avec humour et auto-dérision la passivité et la procrastination d’un personnage attachant, auquel on pardonne volontiers tantôt sa paresse, tantôt sa mauvaise foi.

Si le protagoniste, Lee Min-su, passe son temps devant son ordinateur, ce roman est loin d’être une simple critique de la sur-consommation médiatique. La société coréenne et ses carcans traditionnels sont passés au crible par un personnage qui possède lui aussi ses défauts. Il n’y a ni héros ni victime, mais le constat d’une déchéance accompagnée par le tout puissant attrait d’internet.

« Nous sommes nés dans un pays du tiers-monde, nous avons grandi dans un pays en voie de développement, nous sommes à la fac dans un pays riche. Et pourtant, aujourd’hui, nous n’avons pas de métier. Tout ceci est aberrant ! » (p. 195)

Lee Min-su incarne une partie de la jeunesse coréenne qui disperse les fruits d’années d’études dans l’oisiveté faute de trouver du travail, qui est lasse de devoir être parfaite pour s’intégrer, et lasse de devoir s’incliner devant des aînés qui ne lui laissent pour héritage que les conséquences de leur irresponsabilité.

Quiz Show, cependant, ne se limite pas à la critique sociale, c’est avant tout un roman à l’histoire tout simplement passionnante. Les états d’âme du personnage et sa façon d’appréhender le monde offrent une très bonne consistance au roman dont le rythme et l’intérêt ne cessent de s’accroître au fil des pages. L’auteur met en scène une diabolique descente des échelons sociaux où l’humour est omniprésent. Le style impitoyable de Kim Young-ha happe le lecteur dès les premières pages, tout apitoiement est banni :

Enfin, devant la cage de l’hippopotame qui pissait avec une vigueur stupéfiante, elle a ouvert la bouche. « Je suis ta vraie maman, tu peux me croire ». p. 8

Quiz Show, Kim Young-ha, Philippe Picquier, 2012