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Quiz Show, de Kim Young-ha

Paru chez Philippe Picquier et traduit par Choi Kyungran et Pierre Bisiou, Quiz Show est un roman qui confirme le talent et l’inventivité de son auteur. Kim Young-ha décrit avec humour et auto-dérision la passivité et la procrastination d’un personnage attachant, auquel on pardonne volontiers tantôt sa paresse, tantôt sa mauvaise foi.

Si le protagoniste, Lee Min-su, passe son temps devant son ordinateur, ce roman est loin d’être une simple critique de la sur-consommation médiatique. La société coréenne et ses carcans traditionnels sont passés au crible par un personnage qui possède lui aussi ses défauts. Il n’y a ni héros ni victime, mais le constat d’une déchéance accompagnée par le tout puissant attrait d’internet.

« Nous sommes nés dans un pays du tiers-monde, nous avons grandi dans un pays en voie de développement, nous sommes à la fac dans un pays riche. Et pourtant, aujourd’hui, nous n’avons pas de métier. Tout ceci est aberrant ! » (p. 195)

Lee Min-su incarne une partie de la jeunesse coréenne qui disperse les fruits d’années d’études dans l’oisiveté faute de trouver du travail, qui est lasse de devoir être parfaite pour s’intégrer, et lasse de devoir s’incliner devant des aînés qui ne lui laissent pour héritage que les conséquences de leur irresponsabilité.

Quiz Show, cependant, ne se limite pas à la critique sociale, c’est avant tout un roman à l’histoire tout simplement passionnante. Les états d’âme du personnage et sa façon d’appréhender le monde offrent une très bonne consistance au roman dont le rythme et l’intérêt ne cessent de s’accroître au fil des pages. L’auteur met en scène une diabolique descente des échelons sociaux où l’humour est omniprésent. Le style impitoyable de Kim Young-ha happe le lecteur dès les premières pages, tout apitoiement est banni :

Enfin, devant la cage de l’hippopotame qui pissait avec une vigueur stupéfiante, elle a ouvert la bouche. « Je suis ta vraie maman, tu peux me croire ». p. 8

Quiz Show, Kim Young-ha, Philippe Picquier, 2012