Archives de catégorie : Romans

Dans la peau d’un pickpoket japonais…

a-couvPickpocket, de Nakamura Fuminori, traduit par Myriam Dartois-Ako, paru en 2013 aux éditions Philippe Picquier, vient de sortir en format poche. Il avait reçu en 2010 le prix littéraire japonais Kenzaburō Ōe.

La lecture de ce roman noir nous plonge dans la peau d’un pickpocket expérimenté semblant se satisfaire d’une vie monotone à détrousser les hommes riches dans les transports, avec une agilité hors du commun. Ses techniques pour choisir ses cibles et extraire les porte-feuilles sans qu’elles ne s’en rendent compte sont particulièrement bien décrites et les réflexions personnelles du pickpocket apportent un aspect social et psychologique au récit. En effet, le voleur met un point d’honneur à rendre les portefeuilles à leurs propriétaires en les déposant dans des boîtes postales après avoir subtilisé l’argent.

Cependant, cet équilibre va être bouleversé lorsqu’un yakuza s’intéresse à lui et l’entraine dans des affaires d’une toute autre ampleur… Il n’a alors plus son mot à dire est doit faire profiter la pègre de ses talents de pickpocket, sous une pression qui pèse sur lui à chaque instant.

Malgré la noirceur de l’intrigue, l’analyse psychologique du personnage et la description de cet univers des mis au ban de la société japonaise apportent beaucoup à l’intérêt de ce roman, qui se lit d’une traite.

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Au croisement du roman policier, de l’enquête journalistique et du roman historique, Michel Imbert nous emmène sur les traces de la Longue Marche

a-couvLes éditions Philippe Picquier publient un nouveau roman de Michel Imbert ayant pour cadre la Chine : Marche rouge, montagnes blanches. Il vous plongera au cœur d’une division de l’armée rouge dans sa longue marche vers Yan’an à la fin des années 1930.

Lorsque Dupin, journaliste français à Pékin dans les années 2000, rencontre par hasard un vétéran de la Longue Marche, il décide de l’interviewer et va finalement se retrouver à écrire un roman sur ce simple paysan devenu héros de la guerre civile entre les communistes et les nationalistes…

Après son polar En revenant de Tiananmen, Michel Imbert nous emmène sur les traces de Guo Baoyi, enrôlé dans l’armée rouge, suite à la condamnation injuste de sa famille par des propriétaires terriens, au moment où elle se lance dans la Longue Marche qui la mènera des montagnes du sud de la Chine jusqu’aux plateaux de lœss du Shanxi. Le jeune Baoyi découvre le monde de l’armée et la guérilla, dans une lutte pour la survie lors des combats mais aussi contre le froid, la faim, le soupçon incessant et les retournements de situation auxquels il doit faire face…

Ce roman nous fait revivre de l’intérieur cet épisode de l’histoire de la Chine que l’on connaît finalement assez mal. Il opère un parallèle intéressant entre l’armée rouge et l’armée nationaliste, nous faisant réfléchir sur les motivations qui ont pu pousser les soldats de chacune de ces armées à agir comme elles l’ont fait. La trame de la narration est aussi intéressante, qui nous fait passer alternativement du récit de l’enquête du journaliste au roman historique en lui-même, avec une intrigue qui se tisse au fil des pages… et nous tient en halène jusqu’à la dernière page !

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Rencontre avec Sébastien Higonet, auteur de « Fleur de Laos”, le samedi 7 février 2015

auteurNous avons le plaisir d’accueillir Sébastien Higonet pour la présentation de ce roman Fleur de Laos, publié en 2014 aux éditions Vinotilus. Cette présentation sera accompagnée d’une exposition des photographies que l’auteur a pris lors de ses séjours dans le Laos rural.

Résumé
a-couvCe livre est un voyage au cœur des montagnes du Laos. Un voyage au cœur de l’opium. Un voyage au cœur de la drogue. Un jeune Français, installé à Vientiane, part à la rencontre des diverses ethnies du Laos et des cultivateurs du pavot, dont il partagera le quotidien. Curieux, enthousiaste, idéaliste, il cherchera à s’imprégner de leur mode de vie, jusqu’à le vivre de tout son être. Son envolée vers l’opium s’avérera déterminante pour le reste de son séjour. Il en découvrira, dans sa chair, toutes les étapes, des plus suaves aux plus douloureuses. Sa plongée lente et inexorable l’entraînera au plus profond de lui-même. Ce sera son voyage le plus sensuel, le plus fascinant, le plus terrible ; une aventure dont nul ne revient indemne.

Rendez-vous
Samedi 7 février 2015 à 18h
Entrée libre – Inscription sur notre site

« Le restaurant de l’amour retrouvé »

Tout commence par un abandon. Rinco, jeune japonaise de 25 ans, se retrouve sans rien après le départ inopiné de son petit-ami indien et n’a pas d’autre choix que revenir habiter chez sa mère, avec qui elle ne s’est jamais vraiment entendu. Ce choc lui fait perdre la voix mais sera l’occasion d’un nouveau départ…

Elle décide de monter un restaurant dans ce petit village de montagne et de mettre ses talents de cuisine à profit pour concocter des repas sur commande, ne servant qu’une seule table à la fois, après avoir longuement discuté avec ses clients pour savoir ce qui leur ferait réellement plaisir. Choisissant des aliments de premier choix, venant de la forêt voisine ou produits localement, elle émerveille ses clients et leur redonne goût à la vie.

Beaucoup de choses s’entremêlent dans le livre d’Ito Ogawa : la déception amoureuse, les relations entre mère et fille, entre grand-mère et petite fille, l’amour de la cuisine, des choses bien faites, des bons produits, le don de soi, le partage d’expérience, l’harmonie avec la nature, l’importance de la parole pour faire passer ses émotions, les mythes de l’enfance…

J’ai beaucoup aimé la vision qu’a Rinco de la cuisine comme un art, un raffinement, mais en même temps quelque chose d’essentiel à la vie car elle apporte l’énergie dont on a besoin pour le corps et pour l’esprit ! Rinco cuisine avec une précision et une finesse extrême et le lecteur la suit dans ses réflexions et ses choix culinaires. On découvre à la fois la cuisine japonaise et une cuisine multiculturelle inventive que Rinco a acquise en travaillant dans de nombreux cafés et restaurants en ville. Cuisine japonaise, chinoise, indienne, turque, française, italienne… toutes les saveurs s’entremêlent avec bonheur pour construire des menus sur mesure censés combler les manques dans la vie des clients de ce restaurant hors du commun.

Cependant, Le restaurant de l’amour retrouvé ne finit pas avec l’habituel « Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants ». Rinco ne tombe pas amoureuse de l’ami d’enfance qui lui semble tout destiné et les relations avec sa mère changent brutalement pour amener vers une fin à laquelle on ne s’attendait pas…

Bref, je recommande la lecture de ce livre à tous ceux qui voient la cuisine comme un art immanquablement créatif et qui pensent que concocter un bon repas à ses proches est la meilleure des thérapies du bonheur !

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Rencontre avec Thûan, auteur du roman « Paris 11 août »

auteurAprès T. a disparu (2012) et L’ascenseur de Saïgon (2013), voici le quatrième roman de Thûan à paraître en français le 27 novembre prochain : Paris 11 août. Nous avons le plaisir d’organiser une rencontre avec l’auteur, en collaboration avec les éditions Riveneuve.

Résumé

couvCanicule 2003. Cet été meurtrier va faire basculer le destin de deux jeunes Vietnamiennes vivant à Paris. Nées toutes deux la même année à Hanoi, tout semble pourtant opposer Liên et Mai Lan. Autant l’une, interprète entretenue par un riche amant, est jolie et extravertie, autant l’autre, femme de compagnie de personnes âgées venant justement de perdre son emploi, est timide avec un visage ingrat. Mais la beauté de Mai Lan ou la laideur de Liên peuvent-elles apaiser les souffrances de l’exil ? A travers ces deux chemins qui se croisent un après-midi de 2003 au supermarché Tang Frères, le lecteur plonge dans plusieurs univers. Mêlant d’autres destins d’exilés – Cubains, Tchèques, Libanais, le roman dévoile une certaine France vue par ses immigrés.

D’une écriture tissée d’humour et de grâce, Paris 11 Août a reçu en 2006 le prix de l’Union des Écrivains du Vietnam.

Rendez-vous
Samedi 6 décembre 2014 à 18h30
Entrée libre
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« La beauté du diable », de Radhika Jha

a-couvRadhika Jha, écrivain indienne, nous propose ici un roman qui se passe au Japon, où elle a vécu plusieurs années, enquêtant sur cette folie d’acheter que l’on retrouve dans beaucoup de grandes villes autour du monde.

Dans son précédent roman, Des lanternes à leurs cornes attachées, aussi publié par Philippe Piquier en 2011, elle décrivait avec brio les évolutions de la société indienne tiraillée entre tradition et modernité, en prenant l’exemple d’une vache laitière de race améliorée « parachutée » dans un village isolé de tout… On y voyait le village à travers les yeux de plusieurs personnages ayant chacun sa vision du monde et son intérêt propre, entre ceux partisans du changement qui leur permet de remonter l’échelle sociale de manière inespérée, et le chef du village qui souhaite préserver son village de l’arrivée de la route goudronnée, synonyme du règne de l’argent…

Ce nouveau roman vaut aussi vraiment le détour. Le titre nous rappelle Le diable s’habille en Prada mais à part le sujet qui aborde les vêtements de marque, l’histoire n’a rien à voir avec le roman de Lauren Weisberger. D’ailleurs, le titre original est My beautifil shadow, que je trouve plus à l’image du roman. En lisant la quatrième de couverture, on pourrait penser que ce roman n’aborde que le monde des grandes marques et la superficialité de la mode, mais c’est en réalité une plongée au cœur de la société japonaise, décrite avec beaucoup de finesse, tout autant que les pensées et émotions de la narratrice.

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« La route sombre », de Ma Jian

a-couvAprès La mendiante de Shigatze, Nouilles chinoises, Beijing coma et Chemins de poussière rouge (tout juste paru en format poche), une nouvelle traduction en français d’un roman de Ma Jian vient de paraître chez Flammarion : La route sombre (traduit de l’anglais par Pierre Ménard).

Dans ce roman très fort et bouleversant, Ma Jian aborde avec une grande liberté de ton le problème du contrôle des naissances et celui de la condition des femmes. Il dénonce le fait que les plus pauvres ne peuvent disposer de leur corps et que les plus aisés contournent les interdictions et contraintes en payant des amendes.

Meili et Kongzi, les protagonistes du roman, sont très attachants et n’aspirent qu’à vivre tranquillement leur vie de jeune couple, de parents et à améliorer leur quotidien. Mais, comme ils sont en fuite, ils se retrouvent catalogués comme migrants et sont confrontés régulièrement au mépris de certains fonctionnaires, aux brimades, voire à la privation de liberté pour non présentation de permis de résident dans une ville.

A découvrir d’urgence car ce roman soulève plein de questions sur la société chinoise contemporaine !

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Rencontre avec Yu Hua 余华, auteur du roman « Le septième jour » 《第七天》, en présence de sa traductrice Isabelle Rabut

yu-huaLa librairie le Phénix a le plaisir d’accueillir le célèbre écrivain chinois Yu Hua 余华 pour la parution de son dernier roman Le septième jour, à paraître le 1er octobre 2014 aux éditions Actes Sud.

Traduit par Isabelle Rabut et Angel Pino, ce nouveau roman est sorti en Chine en juin 2013 sous le titre 第七天 di qi tian. Bien connu du public chinois mais aussi du lectorat français, notamment grâce à Vivre, Brothers, Le vendeur de sang ou La Chine en dix mots, Yu Hua n’avait pas publié de roman depuis plusieurs années. Le septième jour est donc très attendu et ne vous décevra pas ! Yu Hua y décrit avec talent la société actuelle chinoise, tout en abordant aussi le sujet de la mort, de la condition humaine, dans un texte métaphorique empreint de poésie…

La rencontre se tiendra en présence d’Isabelle Rabut, traductrice et spécialiste de littérature chinoise contemporaine.

Résumé
a-couvInspiré du mythe biblique de la création, ce roman est divisé en sept chapitres. Sept jours pendant lesquels dérivera la mémoire avant de trouver le repos des réponses espérées. Yang Fei, le narrateur de ce livre, vient de trouver la mort dans une explosion. Seul au monde depuis la disparition de son vieux père, sans un sou, Yang Fei arrive sur l’autre rive sans avoir pu bénéficier d’une sépulture.
Comme beaucoup d’autres, il est donc condamné à errer dans cet au-delà paisible où certains espèrent encore la soudaine fortune des leurs, quand d’autres savent depuis toujours que la misère ou la solitude les consignent à jamais dans cet entre-deux. En ces lieux clairs, où les squelettes des plus anciens « résidents » côtoient les silhouettes encore humaines des derniers arrivés, Yang Fei reconnaît des êtres aimés depuis longtemps perdus.
a-couvIl parvient ainsi à revoir sa plus belle histoire d’amour, à donner quelques réponses à certains, et à revisiter peu à peu toutes les étapes de sa courte vie. « Mon corps est comme un arbre au repos tandis que ma mémoire court lentement comme un marathonien dans ce monde disparu »
Ceci fait, et avant de poursuivre son infini chemin dans un calme inconnu, il retrouve son père et lui fait ses adieux. « J’ai l’impression d’être un arbre revenu à la forêt, une goutte d’eau revenue à la rivière, un grain de poussière retourné à la terre. »
Yu Hua fait preuve ici d’autant d’aisance narrative, d’humour et d’émotion que dans ses précédents ouvrages mais, en situant ses personnages dans un monde de douceur alors que leurs souvenirs nous renvoient souvent à la brutalité de la société chinoise d’aujourd’hui, il atteint avec ce livre une dimension poétique jusqu’alors inexprimée dans son œuvre. Car le regard de ces morts déambulant dans une nature peuplée d’arbres et d’oiseaux est d’une poésie telle qu’il transporte le lecteur dans un univers d’une beauté prégnante.

Rendez-vous
Mardi 14 octobre 2014 à 18h
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Entrée libre

« La mélopée de l’ail paradisiaque », de Mo Yan

coup-de-coeurMo Yan : prix Nobel de littérature

La Mélopée de l’ail paradisiaque renferme une grande richesse de personnages et de parcours qui en disent long sur la Chine de la deuxième moitié du XXe siècle. L’histoire se déroule dans les années 80, après l’arrivée de Deng Xiaoping au pouvoir, à une époque où l’on parle de « société moderne ». Le personnage Gao Ma brandit ainsi la « loi » pour sauver Jinju, dont il est amoureux, d’un mariage arrangé. Son idéalisme (naïf ?) fait de lui un personnage sympathique, porté par l’amour et la conviction d’avoir la justice de son côté. Mais dans son village, les moeurs traditionnelles ont la vie dure et la famille de Jinju n’entend pas céder, d’autant que la jeune fille sert de monnaie d’échange pour marier un frère boiteux qui ne trouve pas de femme. Le père de Jinju peut ainsi s’exclamer :

« C’est ma fille et si je veux la tuer, personne ne m’en empêchera ! » (p. 219)

Il y a également Gao Yang, dont la mère est morte durant la révolution culturelle. Fils de « propriétaires », il se rappelle avec amertume les malheurs qu’a dû subir sa famille à cause de sa position :

« Oh, merde ! Toujours à me flanquer cette étiquette ! Propriétaire foncier ! Tu parles ! Si on a pu économiser quelques sous pour acheter un bout de terrain, c’est à force de rogner sur la nourriture. Et mes parents en ont subi les conséquences toute leur vie. » (p. 117)

Lui-même arrêté, Gao Yang se retrouve en prison et l’auteur décrit sans complaisance une administration effrayante, non pas tant par sa cruauté que par son incompétence.

Le livre raconte cette histoire suivant deux fils narratifs situés à plusieurs mois d’intervalle. On y voit les mêmes personnages à deux périodes de leur destin. Le roman présente une belle structure narrative, décrit avec force l’injustice (des autorités, de la tradition) et l’impuissance (de l’individu), mais l’espoir aussi, tout en confrontant le lecteur aux humiliations successives infligées par un bourreau aux visages multiples : le camarade de classe, le camarade de prison, le père, le frère, l’administrateur…

La mélopée de l’ail paradisiaque, Mo Yan, Seuil, 2008 (poche), 425 p.

《向左走, 向右走》 « Turn Left, Turn Right », un bel album de Jimmy Liao en chinois

coup-de-coeurJimmy Liao, illustrateur taïwanais contemporain très apprécié en Chine, dessine une fable d’amour dans son œuvre « Si proche, si loin » (向左走,向右走) avec un style qui n’est pas sans rappeler celui de Sempé.

Le destin, mystérieux et taquin, nous rassemble et nous sépare.

Dans la jungle urbaine, une histoire se déroule entre deux jeunes qui vivent séparément dans le même immeuble, qui circulent tous les jours dans la même ville mais qui n’ont jamais eu l’occasion de se croiser. Comme deux parallèles, chacun mène sa propre vie.

Un jour le hasard les fait se rencontrer devant la fontaine du parc. C’est le coup de foudre. Ils passent un après-midi rempli de douceur inoubliable. Malheureusement, l’imprévu les sépare encore. Comment retrouver cet amour dans le labyrinthe de la ville ?

On s’est connu, puis on s’est séparé dans le tourbillon de la vie. Un jour, les parallèles se croiseront-ils ?

Note : ce livre n’est pas traduit en français.

向左走, 向右走 Xiang zuo zou, xiang you zou, 几米, 海豚出版社, 2012, 216 p.

Coup de coeur proposé par Xunmi,
stagiaire au Phénix

« Vivre », de Yu Hua

coup-de-coeurVivre, un roman chinois connu dans le monde entier, écrit par l’auteur chinois Yu Hua en 1993, a été traduit en français, mais aussi en une vingtaine d’autres langues.

Il raconte la vie d’un Chinois qui s’appelle Xu Fugui. De 1940 à 1970, en l’espace de 30 ans, il perd toute sa famille : son fils est mort pendant le Grand Bond en avant, sa fille est morte pendant la Révolution Culturelle, et son petit fis est mort car il a mangé trop de soja… A la fin de cette histoire, il vit seul avec un vieux buffle, qui s’appelle aussi Fugui.

C’est l’histoire de Fugui, mais c’est aussi l’histoire de la Chine. D’après l’auteur, Fugui nous montre la philosophie de la vie chinoise: même dans la (plus complète) solitude, il ne perd jamais ni l’espoir, ni la soif de vivre.

La pauvreté, le désir, la mort et la vie défilent avec réalisme dans ce roman.

Vous pouvez aussi trouver le film Vivre réalisé par Zhang Yimou, qui a été censuré en Chine.

Vivre, de Yu Hua, Actes Sud, 2013 [réédition, poche], 248 p.

Coup de coeur proposé par Yuanyuan,
étudiante à l’université de Strasbourg, stagiaire au Phénix

« Le métro de Paris », de Yao Zhongbin (bilingue chinois-français

coup-de-coeurVoici un roman bilingue original, écrit par un auteur chinois contemporain, Yao Zhongbin. Il raconte la vie d’un immigré clandestin chinois à Paris qui cherche à se faire sa place dans une société française pas si accueillante… La lecture nous permet de mieux comprendre la difficulté d’intégration des immigrés n’ayant pas fait d’études et ne parlant pas français. On voit les différences culturelles et la distance qui se crée avec la famille et les amis restés en Chine, pour qui l’exil en France représente la réussite.

Le texte en chinois est accompagné de la traduction française de Lisa Carducci en vis-à-vis. Les caractères chinois (simplifiés) sont imprimés dans une police suffisamment large et lisible pour faciliter la lecture par les apprentis sinophones. C’est donc une lecture idéale pour les personnes ayant un niveau de chinois avancé et qui souhaitent pratiquer la lecture tout un lisant un roman au contenu intéressant et varié.

Le narrateur étant un jeune Chinois, le langage utilisé dans le texte est du chinois moderne, très oral, avec de nombreuses expressions d’argot et des allusions à des phénomènes de la société actuelle. Cela peut gêner un peu les lecteurs ayant un vocabulaire plutôt scolaire, mais c’est aussi une bonne façon d’apprendre un langage plus « jeune », utile pour mieux comprendre les discussions sur Internet ou les conversations entre Chinois nés dans les années 1980 et 1990. Et puis, la traduction française est là pour nous donner les clés de compréhension nécessaires…

Le métro de Paris, de Yao Zhongbin, éditions You Feng, 2013, 691 p.

L’Etrangère, de KANG Eun-ja

coup-de-coeurPrix du Rayonnement de la langue et de la littérature françaises de l’Académie française.

Ce roman est à la fois le récit d’un parcours extraordinaire, le récit d’une passion pour la langue française et un beau témoignage de ce qu’était la Corée des années 70. L’auteure coréenne a écrit ce roman directement en français, il est l’aboutissement d’années de travail et d’efforts pour conquérir la langue française et poursuivre, dans un contexte éprouvant, une scolarité qui à l’époque n’allait pas de soi.

Car c’est une Corée pauvre que nous décrit Kang Eun-ja, une Corée pas si lointaine que le miracle économique de ces dernières années tendrait à nous faire oublier. A travers l’évolution de l’héroïne, c’est également l’évolution du village et à plus grande échelle celle du pays qui se déploient sous nos yeux. La vie au village et les relations familiales servent de toile de fond à un récit dont le fil conducteur est l’amour des études d’abord et la passion pour le français ensuite. Alors que la langue de la réussite reste l’anglais, l’héroïne se lance à corps perdu dans son amour du français, travaillant jour et nuit pour dompter la grammaire française. Ce long parcours sera jalonné d’émotions, guidé par la profondeur du soutien familial et la bonté comme le charisme de certains professeurs.

La sincérité avec laquelle cette histoire est racontée, les efforts et les sacrifices qui y sont décrits nous font embrasser pleinement le destin de cette auteure qui prouve, par ce roman écrit en français, qu’on peut réaliser ses rêves en y travaillant de tout son être.

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Le garde, le poète et le prisonnier de Lee Jung-myung

Une enquête sur fond historique et un hommage à la poésie

Ce roman de l’auteur coréen LEE Jung-Myung possède tous les aspects qui font d’un livre une lecture forte et inoubliable.

L’aspect historique tout d’abord, Lee Jung-Myung entraîne son lecteur en 1944 dans un pénitencier situé à Fukuoka, au Japon. Y sont incarcérés opposants politiques et résistants parmi lesquels de nombreux Coréens. Ces derniers se voient réservés une unité spéciale et un traitement des plus rigoureux et l’on saisit mieux la complexité des relations entre Coréens et Japonais de cette époque.

L’aspect littéraire ensuite : une belle écriture qui rend hommage à la poésie. Une censure stricte règne sur le pénitencier et de nombreux romans y sont interdits. Pourtant l’amour de la poésie règne étrangement parmi les protagonistes de ce roman et les poèmes retrouvés mystérieusement serviront de fil d’ariane pour conduire le héros dans son enquête.

Le suspens est le troisième aspect rendant ce livre passionnant. Le roman s’ouvre sur un meurtre d’une cruauté choquante : un gardin qui avait la réputation d’être violent envers les prisonniers a sauvagement été assassiné. C’est le jeune Watanabe qui sera chargé de l’enquête et c’est lui que le lecteur suit dans la révélation de secrets et de machinations qui dépassent le cadre de la prison…

L’aspect humain enfin, qui nous mène à travers les relations animant gardiens et prisonniers, dans ce lieu terrifiant où la violence tolérée ne détruit pas pour autant l’authenticité des relations humaines, surtout lorsqu’elles sont illuminées par la poésie.

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Ma vie palpitante de KIM Ae-ran

L’une des plus belles histoires d’amour que l’on puisse raconter : celle de parents pour leur enfant handicapé.
C’est un roman poignant et sensible d’une grande beauté que nous livre l’auteur coréenne Kim Ae-ran. Mené avec délicatesse et sincérité, le roman Ma Vie palpitante aborde un thème universellement douloureux : le drame qui frappe certains parents de devoir élever un enfant voué à mourir avant eux. Dans le roman de Kim Ae-ran, les parents sont de très jeunes parents, deux adolescents qui bravent leur entourage et la société en se retrouvant malgré eux responsables du petit Areum. L’amour qu’ils portent à leur enfant atteint d’une maladie génétique extrêmement rare, la tendresse des dialogues, la simplicité des sentiments et la fragilité du quotidien font l’objet de magnifiques pages dans ce roman.

Racontée du point de vue d’Areum, cette histoire est la plus universelle des histoires d’amour : celle de parents pour leur enfant… mais c’est aussi l’histoire d’un enfant qui tente de raconter l’histoire de ses parents, de se mettre dans leur peau, de mettre en mots leur combat et leur silencieuse résignation.

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Egalement disponible : la version coréenne de Ma vie palpitante.

La prière d’Audubon d’Isaka Kotaro

Dans La Prière d’Audubon, Isaka Kotaro vous entraîne à la frontière du fantastique tout en offrant une analyse pertinente et sans concession de la cruauté humaine. L’histoire se déroule dans une île ignorée du monde, au large du Japon, dont les habitants vivent reclus et coupés du monde depuis plus de cent ans. Dans cette communauté refermée sur elle-même, on trouve toutes les bassesses et mesquineries qui conduisent au meurtre et l’on est étonné de voir que le paysage idyllique et paradisiaque de l’île est le témoin de crimes qui se commettent et se punissent de bien étranges manières. Une étrangeté d’ailleurs exacerbée par des personnages inquiétants au comportement bizarre pour certains.

Quand surgit un événement dramatique totalement inattendu, chacun devient suspect et le narrateur, plongé dans cet univers malgré lui, mènera son enquête pour le plus grand plaisir du lecteur.

Rares sont les romans qui entretiennent le suspens et l’humour jusqu’à la dernière page et mêlent l’étrange, le merveilleux et la cruauté avec autant d’enthousiasme et de brio !

Commander sur notre site ! (11 euros, format poche)

Les petits pains de la pleine lune

couvertureAprès la parution de Fils de l’eau en mai dernier (voir notre article consacré à ce titre), les éditions Philippe Picquier ont publié en octobre le format poche du roman précédent de Gu Byeong-mo, Les petits pains de la pleine lune.

Fuyant les mauvais traitements de sa belle-mère, un garçon de 16 ans se réfugie dans la pâtisserie de son quartier, où il découvre que le pâtissier vend sur Internet des gâteaux aux pouvoirs étranges et que la vendeuse Oiseau-bleu n’est pas une jeune fille ordinaire…

Dans ce roman, Gu Byeong-mo nous transporte dans un monde où la magie et la réalité s’entremêlent, où chacun doit assumer ses choix et ne pas penser que la magie pourra régler tous ses problèmes.

La lecture de ce court roman est très agréable malgré la dure réalité à laquelle est confronté le jeune narrateur qui n’est pas choyé par sa famille et se voit rejeté par la société à cause de son bégaiement. Son séjour dans cette pâtisserie peu ordinaire lui fera comprendre qu’il vaut mieux affronter ses difficultés plutôt que de les esquiver, et que l’amitié peut l’aider à trouver un sens à sa vie.

Le sujet et la façon de le traiter sont originaux et le fait que l’auteur ait écrit deux fins possibles à cette histoire lui donne de la hauteur, au lieu de terminer sur un lieu commun ou un optimisme excessif.

Une lecture vivement conseillée !

Voir tous les romans de Gu Byeong-mo disponibles dans notre librairie.

Dédicace de Stéphane Fière de son roman « Une Chinoise ordinaire »

Stéphane FIÈRENous sommes heureux de vous inviter à rencontrer Stéphane Fière pour la dédicace de son nouveau roman : Une Chinoise ordinaire (à paraître aux éditions Métailié). L’auteur de La Promesse de Shanghai, que vous avez été très nombreux à lire et apprécier, sera présent à l’étage de la librairie à partir de 16h pour dédicacer son livre et s’entretenir avec vous.

couvertureContrairement à nos rencontres habituelles, il ne s’agira pas d’une présentation devant un public assis mais d’une discussion libre avec l’auteur.

Rendez-vous
Samedi 8 mars 2014 à 16h
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Entrée libre

Rencontre avec Yvonne André, traductrice de « A demain désespoir » 《哀莫大于心未死》, de Bai Hua 柏桦

auteurYvonne André vous présentera le roman de Bai Hua intitulé A demain désespoir qu’elle vient de traduire aux éditions You Feng.

Le livre est paru en 1991 à Taiwan, soit deux ans après le massacre de la place Tian’anmen, cet événement  majeur qui couvertureouvre et ferme le livre. Ce n’est donc que justice, pour reprendre les mots d’Yvonne André dans son avant-propos, que d’offrir en fin ce texte aux lecteurs francophones, un texte dans lequel tout fait sens, du titre chinois aux deux poèmes qui servent de préface…

Rendez-vous
Vendredi 7 mars 2014 à 18h
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La fuite du temps, de YAN Lianke

imageLes éditions Philippe Picquier vous proposent en ce début d’année une nouvelle traduction de l’écrivain chinois YAN Lianke, La fuite du temps (Riguang liunian 日光流年, 北京十月文艺出版社, 2009).

Traduit par Brigitte Guilbaud, ce nouveau roman est en réalité antérieur à la parution à Hong Kong de Les Quatre livres (Si shu 四書, 明報出版社, 2011), publié en été 2012 chez le même éditeur.

 Salué par la presse et les critiques dès sa sortie, ce roman présente une construction narrative audacieuse : les chapitres remontent le temps et le lecteur lit à rebours le destin de ces villageois, isolés dans leur petite communauté et frappés par une maladie incurable qui les fait tous mourir avant 40 ans. Si l’imminence de la mort met au jour les faiblesses impardonnables des personnages, il y a également dans ce roman une volonté farouche de redonner l’espoir à ce village moribond et coupé du monde.